N°27 du 03-07-2024

COMMUNIQUE D'INFORMATION DU MERCREDI 3 JUILLET 2024

REGARD SUR L’ACTUALITE
SOLITUDE SUBIE ; SOLITUDE CHOISIE


Il nous arrive de nous sentir seul(e), à l’occasion du décès d’un proche, d’une épreuve de santé qui nous accable. Un enfant abandonné dans une aérogare ou un grand supermarché vit l’expérience soudaine et dramatique de solitude. L’étudiant(e), seul(e) devant sa copie d’examen peut vivre un moment de solitude extrême, surtout lorsqu’il ne maîtrise pas l’épreuve qui lui est proposée. 
Une solitude subie, à laquelle nous n’avons jamais été préparés, peut engendrer une peur panique, parfois une réaction psychosomatique qui affecte tout notre être.


Depuis les années 1990, nous connaissons le phénomène des Hikikomori qui, au Japon et en Corée du Sud, touche près d’un million d’hommes, principalement dans la tranche des 15-39 ans. Ils vivent coupés du monde et des autres, cloîtrés dans leur chambre pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, ne sortant que pour satisfaire aux impératifs des besoins corporels. Ce phénomène serait lié à la crise économique : se retrouver en échec, sans travail est mal vu dans la société. De fait, dans les rues de Tokyo ou de Séoul on ne voit pas de mendiants, la pauvreté est honteuse voire culpabilisante, si bien que les « laissés pour compte » sont poussés à devenir invisibles.


On connait d’autres formes de solitudes, pas forcément voulues mais acceptées par nécessité : le pêcheur qui, le matin (ou la nuit), part seul avec son poti marara, là il s’agit de nourrir la famille.
Les sports individuels de haut niveau engendrent des moments de solitude. Même si l’on est entouré d’une équipe : coach, kiné, médecin, diététicien, camarades d’entraînement, on se retrouve toujours seul(e) face au chrono, face à la barre que l’on doit franchir, face au choix d’une bonne vague … etc… Et lorsque l’échec survient, la solitude peut se révéler lourde à subir. 0r, les jeunes sont de moins en moins préparés à affronter la solitude. Dès le réveil, nos journées sont envahies par une multitude de bruits et de sollicitations : musique, radio, téléphones, médias… Tout ce tumulte nuit au silence. Il faudrait davantage apprendre à édifier des remparts contre l’invasion du bruit ; apprendre à créer des espaces de solitude choisie et acceptée. L’apprentissage de la solitude peut se faire de mille manières. S’obliger à un temps de silence au réveil peut faire émerger un véritable ensoleillement de notre quotidien. Pour nous, chrétiens, c’est le temps de l’offrande du jour, l’ouverture de notre être à Dieu. 
D’autres moments de solitude peuvent être choisis au cours de notre journée : au travail, lors de la pause ; à midi, lors du repas… etc…


Choisir, au cours de l’année, des périodes plus longues de solitude et de silence, devrait être une quasi nécessité pour se refaire une santé physique, morale, psychique et même spirituelle. Cela peut être une excursion sur un motu en se mettant au rythme de la nature ; ou encore une expédition en montagne avec bivouac dans une grotte ou sous la tente …
Un séjour dans un monastère ou un centre spirituel peut constituer un temps de solitude : « Seul avec le Seul » !


L’expérience des religieux et religieuses cloîtré(e)s, celle des ermites, des Chartreux … peut nous enseigner les bienfaits d’une telle solitude habitée de la présence divine. On ne revient jamais d’une expérience de solitude librement choisie sans en rapporter des « provisions » pour vivre mieux et plus sereinement. Ne serait-ce que de réapprendre à discriminer l’essentiel de l’accessoire, l’utile du futile.


Ce week-end, en Polynésie, nous sommes 212 000 à être appelés à faire une expérience de « solitude citoyenne » : celle de l’isoloir. C’est un moment important qui nécessite au préalable une réflexion personnelle, approfondie. S’abstenir ou jouer à « pile ou face » serait absurde et irresponsable. Plus que jamais, la conscience de chacun(e) a besoin d’être éclairée. D’où la nécessité d’un temps de réflexion en solitaire. Pour nous, chrétiens, il nous faut prier pour demander l’Esprit de conseil et de discernement. Personne ne peut le faire à notre place !



Dominique Soupé